Vertes,
Les prairies sous le vent
Font le gros dos, en écoutant
Les grillons, fredonner note à note,
Leur unique chant.
Dans les hautes graminées,
Les chiens glissent et dansent,
Happés par l’ardeur du printemps.
Ils reviennent frétillants,
Poussés par l’envie des oiseaux
Et parfois voyage, grâce à eux, la fleur à leur museau.
Soudain,
Un sentier gris, sous les chênes séculaires,
Qui de leurs branches recourbées
Rendent grâce à la terre.
Pour nous du ciel ne reste
Que le toit de verdure perdu dans le temps.
Un arbre mort, géant à terre, fait des vagues et
S’arc-boute dans un soubresaut de reptile figé :
Reste pathétique la dépouille d’une amère tempête.
Le temps est vert comme l’envers du temps.
Quelques fleurs ça et là murmurent leurs touches de couleurs .
Bientôt,
Les prairies deviendront nocturnes.
Elles imprimeront leurs humeurs de marais
Et s’enrouleront autour des creux de vie assoupis.
La nuit descendra jusqu’à l’absence d’horizon,
C’est tout ; c’est tout.
Le jour s’effacera peu à peu, ne laissant que la ronde
Des grillons à cheval sur le dos de l’oubli,
Et les âmes de terre des vers luisants,
Accrochés aux brins d’herbe et aux feuilles accueillantes.
Nature et harmonie :
Ici,
Humblement
la nuit papote ou clapote à vagues de prairies.
Aliénor
..................................................................................................................
Je suis l’arbre déchu
Allongé sur le sol
Je caresse la terre
Qui en moi s’insinue
Courbé près du chemin
Tel un serpent qui mue
Ma peau grise et courbée
A pâli sous les vents
Un souffle d’éternité
S’est penché sur mes feuilles
Un bras de fer s’est joué
J’ai fait ma révérence
Les jours passent sur moi
Leur invisible voile
Que les nuits atténuent
En parfum de rosée
Je me suis planté là
Ici même, j’ai vécu
Je suis un monument
Un vestige du temps…
ROM
......................................................................................................
Je suis l’arbre
Je suis le fils
De la vie et du ciel.
Même à terre
Je donne ma force.
Dans l’herbe
Qui me caresse
Je suis encore le logis
Et le couvert .
Et lorsque des enfants
Je peuple l’imaginaire
Tous ces héros alliés
des temps modernes
Ici prennent pour destrier
Ma fière allure
Et mon destin piégé.
Je suis l’arbre,
Je suis monture.
Je suis Jeu
et rêve au vent
Je suis l’ami
Qui genou à terre
Ne cède jamais.
Quand je serai poussière
Qui sait ?
Peut-être mes racines
Reviendront-elles
La terre hanter !
Aliénor
.....................................................................................................................
Le vent lui ne plie pas
Mais les années défilent
Enfants d’hier
Grands d’aujourd’hui
Passent tout près de moi
Ils me caressent
Et mon écorce
Fait renaitre en leurs yeux
Les douces années couleurs
De l’enfance qui pétille
Et d’un coup leur revient
Jaillit du fond des nuits
Un vieux cheval gris
Fait de bois et de rêve
Un nœud au cœur
Sans dire un mot
Nous voilà réunis
Sur la terre sous le ciel…
ROM
...............................................................................................................
Ecorces pliées, parcheminées
Grises ou vertes de mousse
Le doigt y lit l’alphabet
Des bois et des forêts.
Suivre les chemins
Tortueux ou rectilignes
Et recueillir les peaux
Qui une à une
Glissent de l’arbre au sol.
Auréoles du temps
ou larmes de passage
Les notes musquées
Frappées du sceau du passé
Chantent et crissent
Au passage de la rosée
Surle lit d’impatience
Des amours microcosmiques.
Ecorces de vie
Ecorces d’amour
Les habits du vent
De l’arbre endimanché.
Aliénor
.....................................................................................
Et puis les grands d’hier
Cheveux gris aujourd’hui
Reviennent sur le chemin
Qui passe non loin d’ici
Le nœud toujours au cœur
Petit fils à la main
Ils racontent l’histoire
Du cheval des forêts
Les veines endolories
Mes souvenirs s’effritent
En temps décomposé
Sur la terre qui jadis
Me regardait grandir
Les branches criant au ciel
A feuilles déployées
Sous l’ivresse de ma sève
Peu à peu je m’efface
Egrené par le vent
Qui m’envole en poussière
Dans l’infini bleuté
Rom
...............................................................................................................
Et le vent m’emporte
Là où vous ne pouvez aller
Sur les ailes d’Icare
Ou bien dans vos pensées.
Avec la grâce et la légèreté
Du papillon et sa fragilité
Je vais, je viens
Ne pouvant déjà vous quitter.
Je sème poussière
Sur vos doigts
Et sur vos habits
Je sème du vent
Et des parfums d’antan.
Un jour peut-être
vous me rejoindrez
Au paradis des arbres
Dans une allée,
Et à mon chant
Vous me reconnaîtrez.
Je suis L’arbre
Dont vous parliez.
Sans cesse je renais
Tant que de moi
Vous vous souvenez.
Aliénor.