Blog EntryChanson de mûres , d'été et de gourmetsJul 29, '08 4:20 PM
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Chanson de mûre , d’été et de gourmets  

 

Aux sons des saladiers, rires et paniers

L’été frissonne tout au long des haies.

 Quand les lurons  guettent les fruits ensoleillés.

Oui mais voilà , la belle affaire !

Dites-nous  mûres des bois

Soufflez-nous, dispersez le mystère

Les mûres les plus belles

Les noires, les gorgées de soleil

En haut, tout en haut

Ont assis leur repaire.

Il va falloir ruser

Du noisetier le bois couper…

Les fruits penchent, penchent au vent

Mais nous, pauvres gourmands

Au sol nos semelles restent plaquées !

C’était pour mieux nous attirer

Et notre gourmandise titiller !

Il faut bientôt plus bas regarder

 penser à remplir les paniers

 Et laisser  aux oiseaux malicieux

ces trésors si près des cieux.

Saladiers  à terre

Et  fruits porteurs d’égratignures

Entre les épines on joue au mikado

Et pour quelques bouches barbouillées

Et bien des bras malmenés

 Si Le sang perle , le jus aussi

Sur les doigts aventureux…

Une mûre dans la chemise

D’autres roulent dans le panier

Et l’on commence à penser

A la joyeuse confiture.

Aliénor

moadi wrote on Jul 29
Il y a ta façon de voir les choses… une belle journée remplie de rires et gourmandise plus ou moins satisfaite, et celle de Francis Ponge sur le même sujet: inutile de dire que ta ‘cueillette’ est plus appétissante.
Les Mûres.
Noirs, roses et kakis ensemble sur la grappe, ils offrent plutôt le spectacle d’une famille rogue à ses âges divers, qu’une tentation très vive à la cueillette.
Vu la disproportion des pépins à la pulpe les oiseaux les apprécient peu, si peu de chose au fond leur reste quand du bec à l’anus ils en sont traversés.
Francis Ponge 1899-1988 (petit poème/prose sans symbole ou émotion)
alienor wrote on Jul 30, edited on Jul 30
D'habitude j'admire l'art de la description de Francis Ponge mais là...Il faut le dire, il a une dent ou un piquant contre les mûres!

Il fait sans doute allusion aux inconvénients de consommer les mûres chaudes...
Pour moi le mot "mûre" est entouré de plein de poésie...
ceriseg1 wrote on Jul 30, edited on Jul 30
Toutes les fins d'été de mon enfance !!!
Avec l'excitation, les couleurs, les cris, les jurons, les taches partout, le bon goût des plus mûres, les seaux parfois renversés, les postures acrobatiques pour tirer une branche, les égratignures, les ruses et inventions pour se défendre contre les traitresses épines, la chaleur, le concours du seau le plus rempli et la fierté qui en découle ... , le retour chargé de fruits et de soupirs ...
et puis, la bonne odeur des confitures ... quelques "ouille " de brûlure car on veut y goûter trop vite et tremper ses doigts alors que c'est encore brûlant ...
et puis la promesse des tartes aux mûres, avec celles qu'on a mis de côté rien que pour ça !!! ...
Beaux moments pour les lurons excités, gourmands et gourmets !!!
alienor wrote on Jul 30, edited on Jul 30
Oui Cerise!
et je voudrais parler avec PHILIPPE DELERM (un auteur qui me touche comme Patrick Modiano)de "fruitaison douce" même s'il évoque là les fruits d'un automne déjà plus avancé.
Il a par ailleurs dans "LA PREMIERE GORGEE DE BIERE" écrit ceci:

Aller aux mûres

"C'est une balade à faire avec de vieux amis,à la fin de l'été.C'est presque la rentrée,dans quelques jours tout va recommencer;alors c'est bon,cette dernière flânerie qui sent déjà septembre.On n'a pas eu besoin de s'inviter, de déjeuner ensemble. Juste un coup de téléphone, au début du dimanche après midi:
-Vous viendrez cueillir des mûres?
-C'est drôle on allait justement vous le proposer!
On s'en revient toujours au même endroit, le long de la petite route, à l'orée du bois.Chaque année, les ronciers deviennent plus touffus,plus impénétrables.Les feuilles ont ce vert mat,profond,les tiges et les épines cette nuance lie-de-vin qui semblent les couleurs mêmes du papier vergé avec lequel on couvre livres et cahiers.
Chacun s'est muni d'une boite en plastique ou les baies ne s'écraseront pas.On commence a cueillir sans trop de frénésie,sans trop de discipline.Deux ou trois pots de confiture suffiront,aussitôt dégustés aux petits déjeuners d'automne.Mais le meilleur plaisir est celui du sorbet.Un sorbet a la mûre consommé le soir même,une douceur glacée où dort tout le dernier soleil fourré de fraicheur sombre.
Les mûres sont petites,noir brillant.Mais on préfère goûter en cueillant celles qui gardent encore quelques grains rouges,un goût acidulé.On a vite les mains tachées de noir.On les essuie tant bien que mal sur les herbes blondes.En lisière du bois,les fougères se font rousses,et pleuvent en crosses recourbées au dessus des perles mauves de bruyère.On parle de tout et de rien.Les enfants se font graves,évoquent leur peur ou leur désir d'avoir tel ou tel prof.Car ce sont les enfants qui mènent la rentrée,et le sentier des mûres a le gout de l'école.La route est toute douce,à peine vallonnée:c'est une route pour causer.Entre deux averses, la lumière avivée se donne encore chaude.On a cueilli les mûres,on a cueilli l'été.Dans le petit virage aux noisetiers,on glisse vers l'automne."
alienor wrote on Jul 30
Et puis aussi:

La Ronce

Ronce sauvage au tronc gris
veux-tu me donner ton fruit?

Du sang et des épines. Viens.
Aime-moi, je serai tienne.

Laisse ton fruit de vert et d'ombre
fondre sur ma langue,ô ronce.

Mon étreinte sera infinie
dans la pénombre de mes épines.

Ronce, que t'en vas-tu chercher?
L'amour que tu ne sais donner

FEDERICO GARCIA LORCA.
alienor wrote on Jul 30
Très belle description du moment des mûres , cerise!
jeffpoet wrote on Aug 1
c'est beau de voir vos partages poétiques et la façon dont vous rebondissez amicalement dans un échange digne des soirées anciennes au coin du feu.

Ton style et ta verve n'ont pas changé...

Il y a tellement de façon d'écrire, c'est une telle richesse dans la diversité.

Merci pour ce partage.
alienor wrote on Aug 1
Bonsoir Jeff, je te remercie pour ton commentaire.
Et tu as raison de parler de partage, car c'est vraiment là que se trouve pour moi une des clefs de l'écriture.
Le partage est ici avec mes amis, mais il est aussi ailleurs , lorsqu'on crée des.liens entre les arts.
Ce texte a une histoire comme souvent. Un coup de coeur et hop! les mots s'envolent et se posent sur la page.
Ce soir-là, le point de départ fut une photo de Sergio sur le forum VOX intitulée "la mûre d'Etretat
ttp://virtualvision.vox.com/library/post/la-m%C3%BBre-detretat.html
Ensuite, bien sûr, après l'écriture spontanée, vient le temps des recherches...mais où est donc ce livre d'un tel? Il avait bien écrit sur les mûres, non? Mais où est donc le poème de....
Car l'écriture à brûle-pourpoint , c'est une chose mais il ne faut pas oublier les maîtres de l'écriture!
Belle et longue écriture Jeff.
Souvent je visite...Mais parfois je rends hommage en silence.
alienor wrote on Aug 5
La mûre trouve ses origines dans la mythologie grecque. On dit que la ronce serait la résultante du sang des titans versé pendant leurs batailles contre les dieux. Le mûrier est un arbre résistant cultivé sur une vaste étendue. Il résiste à l'altitude et aux grands froids. La "mûre sauvage", fruit du roncier ( rubus fruticosus ) est très légèrement sucrée et très acidulée. Elle est très peu calorifique. La mûre est très riche en eau, près de 85 %, mais également riche en minéraux divers et variés. "Pline l'ancien", homme de lettre, historien et militaire Romain, se plaisait à dire de la mûre qu'elle permet la guérison contre le venin des serpents, aussi dangereux soient-ils.
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