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Le bateau abandonné
Il parle aux arbres ,Il parle au ciel
Il soliloque et ventriloque pastel
Pour échapper au temps
Qui le grignote, qui lui porte l’estoc
Là sous la mousse et les années.
Dis-moi bateau as-tu toujours été
Aussi solitaire dans ton destin croisé
Avec les hommes qui t’ont abandonné ?
N’as-tu pas glissé d’eau vive en reflet
Et ton bois vivant fait crisser ?
N’as-tu pas tremblé sous l’orage
Et fait front à la subite ondée ?
Tu vas de port en port fantôme
Et par les nuits sombres sans lune
Tu voyages simplement en pensée
Là où le vent pourrait pourtant t’emmener.
Au cimetière un jour tu pourrais t’engoncer
Laissant la lumière tes traces effacer.
Barque moussue, barque pansue
D’abandon repue, tu sculptes la mémoire
Et sur l’ourlet de ta verdure sangsue
Tu poses l’empreinte d’une seconde vie illusoire
Comme celle que l’on trouve au fond des grimoires.
Aliénor
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Une dernière fois….
Frotter ma joue au rugueux de la pierre,
Grincer des haubans comme on grince des dents,
Respirer à pleines voiles les odeurs de la terre,
Moi qui étais si fier de ne pas là voir souvent…
Incliner mon front que la vague embrasse,
Ruisseler de larmes en accusant l’embrun,
Des terres lointaines, les images s’amassent,
Il était des plages blondes, des horizons bruns…
Ah ! courir encore les champs de vagues turquoises,
Me souvenir du temps où jeune destrier,
Je caressais l’écume de la mer d’Iroise,
En rêvant secrètement des lointains cocotiers…..
J’incline aujourd’hui mon pont de planches délavées…
Lié à un quai comme un chien abandonné…
Pourtant…dites moi…Je vous ai fait rêver…
Ma vie de bateau je vous l’ai donnée.
Daniel 52
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Le Bateau ivre d'abandon
S'est couché sur le flanc
Et son habit de bois
est tombé en pâmoison.
Peu à peu son squelette
S'est décharné comme un poisson
Il n'est resté que ses arêtes
Le long de sa non flottaison..
Ses lignes d'enfer écartelées
sous le courant passant,
Le Bateau ivre d'abandon
Ne savait s'il devait se fondre au rivage
Ou s'arrimer aux gouttes de trépas.
Il a fini par s'écouler en lambeaux
S'effaçant pour ne laisser
Que la verte peau de l'eau.
Aliénor